Etienne Cabet et l'Icarie (Etats-Unis, 1848-1898)

Etienne Cabet (1788-1856 ) (A. Maurin (del.), Ligny frères (lith.), 1840, Domaine public, Wikimedia commmons)
En 1834, pour éviter la prison, l'avocat et député d'opposition Etienne Cabet se réfugie en Angleterre. Il y prend connaissance des expériences communautaires menées par Robert Owen. De retour en France, il publie en 1842 Voyage en Icarie, où il appelle à l'édification d'une cité utopique. Le livre a du succès. Cabet publie l'appel "Allons en Icarie !" dans son journal Le populaire et fait des centaines d’adeptes, prêts à embarquer vers une destination... encore inconnue. En 1947, il va à Londres consulter Owen, qui le met en relation avec le gouvernement texan (Petitfils 1982 p.120). C'est une fois de plus en Amérique que le rêve utopique va se concrétiser.

Départ pour Icarie (auteur non identifié, illustration d'un article paru sur le blog du Denton County Office of History and Culture le 25/05/2018)
Une première colonie est créée au Texas en 1848. A leur arrivée les colons trouvent des terres moins étendues, plus dispersées et moins fertiles que ce qui leur a été promis. Et surtout, la malaria et le choléra y font des ravages, si bien que la première Icarie est rapidement dissoute.
Une seconde Icarie naît à Nauvoo (1849-1856, Illinois), forte de 280 participants, parmi lesquels Cabet lui-même. Des maisons, des fermes, des ateliers surgissent de terre; la propriété privée est abolie; tous les biens et les produits du travail sont mis en commun. Mais la vie est rude et l'ordre moral, imposé par Cabet, implacable. Les départs et arrivées sont nombreux : pas moins de 2500 personnes seraient passées par Nauvoo entre 1851 et 1856, date à laquelle un important groupe de colons, lassés de l'autoritarisme de Cabet, exclut celui-ci de la communauté.
Icarie se scinde alors en deux colonies. Un groupe de fidèles s'en va fonder une troisième Icarie à Saint-Louis (1856-1863, Missouri), où Cabet meurt peu après son arrivée. Les opposants restés à Nauvoo partiront un peu plus tard à Corning, dans l'Etat d'Iowa, installer une quatrième colonie qui connaît des débuts difficiles, puis une certaine prospérité à la fin des années 1860, pour finalement s'éteindre en 1898.

Icariens de Corning juste avant la dissolution de la communauté (Lois Mc Michael, 1898, Cloverdale Historical Society, Californie, (Mendès 2008))
POUR ALLER PLUS LOIN
Une expérience de socialisme utopique en Amérique : Étienne Cabet et la cité d’Icarie
"Depuis la fin de la Guerre froide, les États-Unis sont perçus par le reste du monde comme un parangon du capitalisme libéral, du consumérisme et de l’explosion des inégalités qui caractérisent notre époque. Le combat mené par l’Oncle Sam pendant un demi-siècle contre toutes les expériences marxistes de la planète a fortement contribué à cette image d’un pays viscéralement imperméable au socialisme. Imagine-t-on aujourd’hui qu’au XIXe siècle, l’Amérique constituait une terre de prédilection pour certains socialistes qui firent le choix de quitter le Vieux Continent afin de vivre leurs idéaux ? La cité d’Icarie, expérience menée par Étienne Cabet et ses disciples, en est sans doute l’exemple le plus parlant."
(Romain Masson, Le comptoir, 11 février 2015)