Kibboutzim en Israël

LES COMMUNAUTES DU XIXe SIECLE OUVRENT TROIS GRANDES VOIES


premier bâtiment du kibboutz Degania, 1910

Le premier bâtiment du tout premier kibboutz, Degania, fondé en 1910 (Pinterest)

Qu'elles aient duré des décennies ou qu'elles aient été d'éphémères feux-follets, les communautés du XIXe siècle ont fécondé l'avenir en ouvrant trois voies inédites - communiste, individualiste et fouriériste - que d'autres suivront bientôt.

La voie communiste est empruntée par des communards qui, à la suite d'Owen et de Cabet au XIXe siècle, croient en la possibilité d'une transformation globale de la société fondée sur la diffusion rapide de communautés égalitaires. Ces communautés sont édifiées selon un modèle préconçu très détaillé, qui prévoit notamment l'accueil de centaines de personnes dans chaque unité.

D'autres suivent plutôt les pas des premiers anarchistes : Warren aux Etats-Unis et les anarchistes individualistes de la Belle Epoque en Europe et ailleurs. Ils forment des collectifs de taille restreinte où l'on expérimente l'émancipation individuelle sous de multiples facettes : amour libre, végétarisme, naturisme, ésotérisme... Une transformation de plus grande ampleur n'est pas exclue mais elle prend la forme d'un réseau d'expériences communautaires singulières.

Il y a enfin des expériences hybrides, comportant un cadre général préétabli permettant une infinité de déclinaisons singulières, un peu à la manière des phalanstères que Fourier appelait de ses voeux et qui se sont multipliés aux Etats-Unis au milieu du XIXe siècle.

A titre d'exemple, observons l'évolution historique des kiboutzim. Dans un premier temps, ils suivent un modèle assez stable qui relève clairement du communisme communautaire : absence de propriété privée, partage égalitaire des tâches, mise en commun des ressources, éducation colective des enfants... Dans un deuxième temps, les kiboutzim s'éloignent de l'idéal des pionniers et s'apparentent de plus en plus à des entreprises privées. Pas d'anarchisme ici mais on assiste bel et bien à une individualisation des relations économiques et sociales au sein des kiboutzim, ainsi qu'à une multiplication de leurs formes d'organisation. Plus récemment, au XXIe siècle, un retour partiel aux sources s'opère et pourrait s'apparenter à la troisième voie décrite plus haut : le modèle originel s'hybride et se décline sous la forme du kiboutz-écovillage et du kiboutz urbain.

Autre exemple, le tsunami communautaire des années 1960-1970. Les milliers de communautés hippies qui émergent alors pour un temps assez bref sont une franche expression de la seconde voie, celle de l'émancipation individuelle anarchiste. Un examen plus précis de cette période montre toutefois que ce raz-de-marée charrie des expériences très différentes les unes des autres, qui ne s'apparentent pas toutes au mouvement hippie. On y trouve par exemple de grands réseaux communautaires, tel celui des Catholic Workers avec ses centaines de déclinaisons locales d'un même modèle. On y trouve aussi des expériences extrêmement singulières, comme celles de Twin Oaks ou The Farm, difficiles à ranger dans une voie ou dans une autre.